Cop24, nous allons tous bouillir !

La Cop24, la conférence de Katowice (Pologne) sur les changements climatiques, va bientôt se réunir (03/12/2018) et les médias nous alertent tous les jours de l’imminence de la catastrophe climatique, nous allons tous bouillir ! D’autant que les pays qui ont promis des sous à la Conférence de Paris traînent franchement les pieds et ça urge..

J’ai zoné hier sur un vilain site négationniste du réchauffement climatique, qui j’espère sera bientôt interdit grâce aux lois sur les fake-news ! 🙂Il y avait un graphique éhonté à faire peur, le climat terrestre se refroidirait depuis 10 000 ans avec à la clé et prévu pour demain, l’arrivée d’un nouvel âge glaciaire !

Évidemment, Cop24 oblige, je ne pouvais laisser passer un tel mensonge sans réagir, tout le monde sait que le climat s’échauffe, c’est écrit dans tous les journaux, même Macron et l’ONU le disent ! Et pour avoir des billes scientifiques pour y répondre estampillées « consensus » , je suis allé chercher l’information à sa source, les données paléoclimatiques en accès libre du NOAA.

Pour reconstituer les températures d’avant l’invention du thermomètre, les paléoclimatologues utilisent des « proxies ». Ce sont par exemple les cernes des arbres fossiles, la limite de l’habitat des arbres, les pollens dans les sédiments lacustres, la différence de pourcentage de certains isotopes dans des fossiles, des stalactites ou la glace des pôles, etc... La comparaison de ces items fossiles avec ceux du présent permet de reconstituer le climat passé.

Ce n’est pas une science absolue, définitive. Mais les comparaisons multi-proxies permettent quand même d’approcher de manière assez précises des conditions qui devaient notamment régner au début de l’Holocène jusqu’à maintenant, notre « dernière » déglaciation. La composition isotopique de l’oxygène δ18O/16O dans la glace donne une idée de la température moyenne atmosphérique au moment de sa formation. On peut obtenir un résultat équivalent avec une méthode qui utilise les rapports isotopiques de l'argon et de l'azote dans les bulles d'air occluses dans la glace.

J’ai utilisé 2 études assez récentes (et gratuites) à partir de carottages de glaciers de l’Arctique et aux proxies différents pour avoir un aperçu du passé de l’hémisphère nord. Les études récentes sont payantes, les revues dans lesquelles elles sont publiées ne sont pas philanthropiques, ce qui pose le problème de « l’accès universel et gratuit à la Science » ! On peut parfois réussir à glaner quelques graphiques, j’en ai fourni 3 en bas de l’article, avec les liens des publications. Ils complètent les 2 études choisies, mais malheureusement sans que j'ai pu avoir accès aux sources...

- l’étude de Vinther et al. de 2011 sur les dernières 11 700 années de l'Holocène est multi-glacier et utilise la mesure du δ18O sur cinq sites au Groenland et un site au Canada : sources des données. 

et celle-ci pour corroborer/infirmer la première :

- l’étude de Kobashi et al. de 2012 sur les derniers 4 000 ans de l'Holocène est basée sur les carottes du forage GISP2 du Groenland avec l’utilisation bi-proxies Ar-N. Sources des données.

Ci dessous, le position géographique des forages et le nom des sites. Pour plus de détail, voir les fichiers sources qui indiquent également la position GPS.

Ice core

J’ai utilisé les 2 sources de données citées pour faire les graphiques ci-dessous avec le tableur de LibreOffice. Vous pouvez ainsi ne pas me croire sur parole et vérifier par vous-même le résultat en récupérant les fichiers sur le site du NOAA :

Argh de chez Argh, panique totale !

D’après le proxy δ18O, avec les données lissées sur 20 ans, le climat de notre Holocène chéri ne se réchauffe pas mais refroidit bien tranquilou depuis 10 000 ans ! Les vilains climato-négationistes auraient-ils raison ? Les fake-news ne seraient pas celles que l’on croit ?

En 7 000 ans, de -8 000 à -1 000, la tendance linéaire avec les valeurs lissées sur 20 ans est une perte de plus de 1°C, soit 0,17°C par millénaire. Mais pendant cette même période, les températures ont oscillé en permanence avec des variations rapides de plus de 2°C ! Sur la dernière période de -1 000 à 2 000, soit 3 000 ans, la perte est également de plus de 1°C, soit 0,38°C par millénaire, avec des fluctuations rapides d’amplitude supérieures à 2°C.

Le proxy de mesure des isotopes d'Ar-N sur 4 000 ans, avec ses données lissées sur un an, indique la même tendance au refroidissement de l'Holocène, ici 0,38°C par millénaire sur la période. Pour comparer au précédent graphique, c'est 0,42°C par millénaire sur les derniers 3 000 ans. En allant plus loin, cela donne 0,75°C pour les derniers 2 000 ans et 0,89°C pour le dernier millénaire. Nous sommes bien dans un phénomène d'accélération du refroidissement !

Et pendant ces 4 000 ans, les moyennes annuelles des températures,  lissées sur un an dans cette étude, montrent des oscillations de plus de 4°C sur des temps très courts sans pour autant être en présence de variation d'un quelconque CO2 anthropique, inexistant pendant 3850 ans. Curieux non ? 😉

Certes, ce sont les températures reconstruites de l’Arctique et non pas de la terre entière mais les résultats des 2 études au proxies différents sont cohérentes et les tendances similaires. Les océans qui occupent plus de 70 % de sa surface et même jusqu'à 80 % dans l’hémisphère sud, provoquent des fluctuations thermiques locales fortes comme El Niño & La Niña. Elles peuvent modifier et décaler dans le temps les températures, d’une région, d’un continent, d’un hémisphère à l’autre.

Le cycle des courants océaniques qui parcourent le monde, les courants thermohalins et les eaux océaniques profondes est de 1000 ans, cela laisse de la marge. Actuellement les eaux qui remontent des profondeurs ont été réchauffées en surface.. pendant l’Optimum Médiéval !

La masse totale des océans est d'environ 1,4E+021 kg et celle de l’atmosphère de 5,2E+18kg. L’atmosphère ne représente donc que 0,37 % du total, un pouième. La machine thermique de l’atmosphère, c’est l’océan mondial ! L’albédo de l’eau varie de 2 % à 15 %. La moyenne terrestre est de 30% ce qui veut dire que l’albédo des terres, qui ne représentent que 19 % de la surface totale est nettement plus élevé, et renvoie d’avantage d’énergie vers l’espace que l’eau. Et l’eau absorbe dans les 100 premiers mètres presque toute la lumière visible qui n’est pas reflétée, contrairement à l’atmosphère qui est quasi-transparente..

Mais ce qui est certain, c’est que la tendance linéaire globale est à la baisse des températures, comme le montre également la courbe verte avec un filtre gaussien de 2700 ans. Cette courbe est très similaire à celles des déglaciations précédentes qui commencent toujours avec une période plus chaude suivie d’une régression des températures jusqu’à la prochaine glaciation.

Une dernière constatation, et non des moindres, c’est que la période la plus froide des 10 000 dernières années est vers la fin de Petit Âge glaciaire, au tout début du XXIIIème siècle, il y a 300 ans. Les températures remontent depuis, sans pour autant atteindre les valeurs de l’Optimum Médiéval, et encore moins celles de l’Optimum Romain et Minoen. Et jusqu’à quand ?

Infos complémentaires : Le forage NGRIP pour North Greenland Ice Core Project qui est une des références  de l’étude de Vinther et al. de 2011 a servi pour la nouvelle subdivision en 3 parties de l'Holocène par la Commission Internationale de Stratigraphie (2018) :

  1. Le Greenlandien de -11 700 à -8 326 BP (Before Present = 2000) est le début du réchauffement climatique (déglaciation) à la fin froide du Dryas récent
  2. Le Northgrippien de -8326 à - 4200 BP dont le début correspond à un brusque refroidissement climatique,
  3. Le Meghalayen de - 4200 BP à maintenant dont le début a été marqué par de grandes sécheresses.

Que peut-on en conclure ?

Les températures s’accroissent de nouveau depuis 1720, ouf ! Cela aurait pu être le début de la fin ! Pas plus rapidement que pendant les périodes de réchauffement précédentes et moins « chaudement » que pendant ces périodes optimales. Elles restent largement contenue dans la fourchette des fluctuations constatées depuis le début du Northgrippien, il y a plus de 8000 ans .

Sommes nous sauvé de l’arrivée prochaine d’une glaciation ? Nul ne peut actuellement le dire. La précédente déglaciation, l'Eemien il y a 128 000 ans, a duré 12 000 ans avec des températures plus chaudes qu'aujourd'hui de 4 à 8°C (CNRS). La notre, l'Holocène atteint également cet age canonique. 11 700 ans, Oops !

Mais ce qui est certain, c’est qu’aucun modèle climatique basé sur l’importance du CO2 anthropique dans l’effet dit de « serre » n'est compatible avec les variations rapides et de grandes amplitudes des températures du passé pré-industriel de l’Holocène, ni expliquer les phénomènes déglaciation-glaciation. Je reviendrais dans un prochain article sur ce sujet.

Quels sont les enjeux ?

Les glaciations concernent essentiellement l’hémisphère nord, les 2 tiers des terres s’y trouvent et une grande partie en zone « gelable », et beaucoup d’autres en zones de toundra ou déserts glacés. L’Antarctique et la pointe de l’Amérique du sud seraient concernées dans l’hémisphère sud, c.a.d. peanuts donc. Une glaciation réduirait drastiquement les denrées alimentaires mondiale fournies (essentiellement) par l’hémisphère nord. L’effet étant rapide, vous imaginez bien sûr le résultat rigolo avec une population qui devrait atteindre 10 milliard bientôt 😉

Est-ce que des panneaux solaires recouverts de neige et des éoliennes gelées et à l’arrêt dans un anticyclone polaire, comme on l’a vu cet hiver en Allemagne, peuvent nous sauver de la prochaine glaciation ? Ces produits chers ont une durée de vie courte (20 ans) et les « terres rares » et métaux indispensables à leur fabrication sont rares, non-renouvelables et très polluants ? 🙂 🙂 🙂

Articles récents

Ci- dessous 3 exemples de graphiques avec des proxies différents (sédiments lacustres, pollens, fossiles benthiques) qui confirment le refroidissement continu du climat depuis 10 000 ans et l'influence des oscillations océaniques. Si vous achetez ces articles, n'oubliez pas de m'en envoyer une copie 😉

http://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0959683617702223
https://link.springer.com/article/10.1007/s10584-017-2074-1

Tiens donc ! Le maximum thermique de l'Holocène était caractérisé par des températures de l'air en été d'environ 2,5 ° C supérieures à celles du présent. On nous aurait menti ? Nous ne serions pas à la fin des temps ? 😉

https://link.springer.com/article/10.1007/s00704-017-2139-0

Dérèglement du climat ? C'est quoi la règle ?